Avant …
Seul à une table de café dans l’attente.
Les questions se bousculent dans mon esprit. Qui suis-je ? Où vais-je ? Ou du moins vers où ? Avec qui ? La solitude a du bon. Elle permet de mettre à plat toutes les divergences que l’on peut avoir avec l’autre là. Ce colocataire envahissant qui habite dans ma tête. Ce mec (?) qui met en doute chacune de mes actions, chacune de mes réflexions, chacune de mes pensées. Mais bordel on s’entend plus penser ici ! La première des certitudes est selon la philosophie, je suis. Je vis. Je respire, je m’alimente tant bien que mal. Je marche. Soit. J’existe est déjà plus compliqué à prouver. J’écris. Je pense à ce que j’écris (pas trop). J’aime et je déteste. J’éprouve plaisir et souffrance. En somme j’existe et je vis. Mais dans quel but ? Continuer à vivre et à exister. Certes. Rendre l’environnement dans lequel j’effectue ce deux choses meilleur. Faut pas trop en demander …. Wait and see. Attendre et Observer.
La montagne est devant. Toujours. Même à la fin de ta vie. Il est toujours quelque chose de plus à découvrir. L’horizon humain n’a pas de limites. Peut-on se targuer de connaître quelque chose de bout en bout ? Même soi-même, cette chose si insignifiante me paraît hors du champ de la connaissance. Je est un Autre. C’est vraiment bien trouvé. Ça sonne bien. Un peu creux comme tous ces poncifs à la con mais bon.
Comment peut-on écrire une généralité sur un sujet aussi personnel. Après tout il doit bien y avoir un péquin pour qui je est quelqu’un, non ? Pour qui je est connu voire aimé ? N’y a-t-il personne sur ce caillou qui connaisse ce Je ? S’il existe faut qu’il me fasse signe. Sans déconner. Faut être con pour se connaître. Après tout la conscience humaine, l’esprit même de l’homme doit être en perpétuel mouvement comme l’Univers. Qui pourrait être à l’abri du moindre changement dans son for(t) intérieur. Un ermite. Non. Se renfermer sur soi dans une bulle qui semble protectrice, c’est se retrouver seul avec cet Autre là. Certes on doit commencer à le connaître avec le temps mais lui qui l’empêche de changer comme ça en traître.
Se connaître, connaître ce « je » est impossible. Ou du moins non plausible. Celui qui y parviendrait aurait soit le niveau de conscience d’une artemia, soit une personnalité démultipliée et gare aux dégâts. Comment résoudre ce problème ? Diviser. Je c’est quoi : 1. Le mec qui pose la ou les questions. 2. Le mec qui essaie d’y répondre. 3. Le mec qui a les réponses mais qui ne peut pas les dire. Je = Âme + Raison + Cœur. L’âme ça doit être ce qui nous différencie aux yeux des autres. Après tout personne ne se pose les mêmes questions. La raison par contre c’est l’appartenance à un groupe culturel donné, ces putains de réponses stéréotypées que je donne à toute question posée. Le fait de se mettre en avant, le fait de chercher à survivre aux dépens des autres, mais aussi l’instinct de contradiction, tout ça c’est du domaine de la raison. Le cœur c’est cette petite voix intérieure que personne n’entend mais qui fait la réelle différence entre chaque personne. Réussir à l’entendre, à la comprendre, c’est là la réponse à toute question. Le chemin emprunté est plus important, plus intéressant, plus étonnant que la destination. Le cheminement vers la vérité est plus important et plus révélateur que la vérité elle-même.
Je ne crois pas en Dieu mais je pense que le jour de notre mort quelqu’un (peut-être soi) fait les comptes et que c’est ce cheminement à travers toute la Vie qui fait toute la différence. Et si je mourrais demain ? Quel serait le bilan ? Créditeur ou débiteur ? Ma conscience s’est affiné sur des rencontres. Des rencontres, il y en a eu beaucoup mais par époque. Au début (je pensais jusque récemment que j’étais influençable à ce moment …) j’ai rencontré des gens déterminés. Déterminés par leur raison, déterminés sur la voie de la haine. J’ai appris à haïr avant d’aimer. J’ai erré sur les chemins de la haine et de la violence. Détestant ce que représentaient les gens par rapport à leur origine et leurs idées. Rejetant toute idée de tempérance. Apprenant chaque chose dans la douleur. Mais sans ressentir cette douleur au premier abord, du fait de l’envahissement de la haine. (Lorsqu’on s’engage sur cette voie de haine, il faudrait savoir qu’on ne peut jamais en revenir. Jamais est peut-être un grand mot mais en tout cas pas indemne.). Puis j’ai aimé. Et cet amour m’a fait hésiter. Mais cette hésitation salvatrice je l’ai payé cher. J’ai perdu un amour pour replonger dans la haine. Ma là la souffrance a frayé son chemin. Elle a sapé les remparts infranchissables de mon esprit et m’a amené aux limites de la folie.
Parvenu à cette frontière indicible chacun doit ressentir la même chose : avant d’avancer plus avant, une dernière question : qu’est-ce que je fais ? C’est la dernière chance de s’en tirer. Je l’ai saisie. Aucun mot ne saurait décrire vraiment ce qu’on ressent dans cette situation. C’est une sorte d’avalanche de sentiments : amour et haine s’entrecroisent, compassion et violence, tempérance et coup de sang. La remise en question tant redoutée et refoulée est une nécessité qui doit être assumée. Mais elle demande des sacrifices encore plus grands que ceux déjà pratiqués. Il faut s’abandonner soi-même. Abandonner ce « je » qui ne correspond pas. Oublier peut-être. Désapprendre ce qu’on a appris surtout. Reconsidérer chaque situation sous un nouvel angle. Réapprendre la naïveté et l’humilité. S’exprimer aussi, et c’est ce qui m’a manqué. Dire les choses, écouter les reproches, assumer les actes de sa vie d’avant. Oublier qui l’on était mais se souvenir de ce qu’on a fait pour en tirer les leçons.
Pendant un temps, j’ai mis tout ceci sur le compte de l’influençabilité. Refoulant les responsabilités sur les autres. Mais lorsque le travail de refonte est terminé on réapprend à pleurer. Sans fracas, sans témoins, on pleure encore et encore jusqu’à une nouvelle étape du long du voyage. L’esprit humain, du moins le mien, est composé de ce fragile équilibre entre ces trois composants : âme, raison et cœur. Mais en dessous de cela, c’est l’équilibre des sentiments qui importe : amour, haine, compassion, violence, solitude, impuissance, raison, instinct. Si l’un prend le dessus alors la spirale commence. Le cheminement, long et douloureux de l’apprentissage de qui l’on est passe par la contemplation de cet équilibre et de la compréhension de leur mécanisme. Je n’invite pas au stoïcisme mais au questionnement, au doute bénéfique.
La société peut bien aller se faire foutre.
Il est une période dans la vie qui détermine ce que l’on sera après. Cette période, tout le monde ne la connaît pas. Elle n’a pas de limites définies, ni d’âge précis. Ceux qui la vivent n s’en rendent pas tous compte tout de suite. Tôt ou tard ils se réveillent avec ce regard que les autres ne peuvent comprendre. Avant de juger qui que ce soit il faut penser à cela. On m’a dit un jour : « Parfois la vie est dure, parfois c’est pire ». C’est exactement cela. Nous n’avons pas le pouvoir de changer nos destinées, la seule chose qu’on puisse faire c’est faire de notre mieux pour avancer. Essayer ce n’est pas assez. Il faut faire ou ne pas faire. Éviter de promettre d’essayer. C’est une connerie. Ne pas mentir. Ne pas cacher ses sentiments, c’est le meilleur moyen de rompre l’équilibre. Ne pas émettre une opinion à la va vite. Penser aux conséquences de ses actes. Penser au futur pas trop lointain, mais ne pas oublier le passé. Si quelque chose se passe mal, tirer les conséquences. Connaître ses limites et donc les tester lorsque c’est possible. Vivre l’instant. Respecter la valeur de toute chose. Apprendre tout ce que l’on peut. Ne pas faire ce que l’on n’a pas envie de faire. Se remettre en question lorsque quelque chose coince. Ne pas trahir la confiance de qui que ce soit : être à la hauteur ou ne pas être à la hauteur. Assumer chaque chose. Revendiquer comme sienne chaque action, chaque respiration, chaque mot prononcé ou écrit. Admettre sa faiblesse, reconnaître la force de chacun. Voir la beauté avant la laideur,le bon avant le mauvais. Assumer sa folie sans vouloir l’imposer aux autres. Déconner avec les choses importantes. Devenir meilleur tous les matins. Respecter douleur et souffrance mais sans excès. Vivre avec intensité mais refouler l’excès. Aimer.
Je suis. J’aime. Je respecte. Je doute. Je pense. J’écris. J’apprends. Je vis !