L’enivrement de la solitude

L’enivrement de la solitude … cela même …

La magnifique sensation de se sentir enfin libre, béotien parmi les lettrés, profane parmi les illuminés. Le feu sacré de la création, le souffle divin sur la terre meuble … La folie des hommes, l’amer sentiment de l’isolement, la douce extase de l’oubli. La pensée seule de ne rien pouvoir faire face à l’exténuation. RIEN … La lutte intestine entre un être aigri d’une vie par trop encombrée et un non-être fatigué par le dur labeur de la sape.

Qui tiendra le pavé ?

La musique de l’airain remplit les cœurs, et alors rien ne peut arrêter celui qui la possède. Paroxysme de al folie, terre d’asile, lieu de péché, que le stupre et la souffrance ont longtemps empli. Poésie absente de ce monde pittoresque, beauté trop présente … Artificielle hélas comme cette faune sordide et trop nombreuse de faquins … L’immense douleur de vivre et celle non moindre de désirer … l’épris cesse d’être … Misère de mon cœur amoureux, splendeur de ses yeux illuminés ; ce qui semblait perdu à tout jamais se dresse fièrement, figure lointaine et floue d’un amour sauvage et d’autant plus désiré qu’il est inaccessible. Que reste-t-il de tout cela ? Du fiel à n’en pas douter, et aussi quelques vers maladroits habilement camouflés dans la perfection de ceux du plus parfait des hommes …

Si rien de semblait vouloir arriver ? Si rien de voulait sembler arriver ? Si tout ce pourquoi la Vie existe n’était que la triste pantomime d’un marionnettiste usé et dévoré de passions contradictoires ? Si tout cela n’était que sombre comédie ?

RIEN …

Rien d’autre qu’un vague sentiment d’ennui oint de l’échec et de l’humiliation, de l’effet dissemblable sur les hommes de la foi et de l’espoir. De la mort et de la renaissance. De la faim et du froid. Que ne reste-t-il des sentiments d’autrefois ? La pensée d’un monde enfant contre-nature et le fait de se plaindre de cette injustice paraissent eux-mêmes dérisoires. Mais rien ne doit légitimer l’abandon, ni la nécessité impérieuse de vivre, ni celle plus pressante encore de mourir !

La fuite de l’âme lourde de malheurs se connaît comme tout : elle laisse derrière elle quelque relent méphitique et de méchantes humeurs noires qui, par-delà le temps et l’espace, touchent le misérable … Enfance de l’art … Mésentente de la religion … Le mythe et la fiction à jamais transfigurés par ce qui fat à jamais le mal dans ce monde : la grandeur d’âme …

RIEN …

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